Loulou, le maradona canin
Loulou est « presque » mon nom d’origine : sur mon carnet de santé, il est écrit : Locky, dit Loulou. Sans doute que mon humaine n’aimait pas le nom inscrit au LOF et avait raison : moi aussi, je préfère Loulou, c’est plus mignon et cadre mieux avec ma personnalité de cocker américain. La vieille commère de Maya vous a déjà parlé de moi, mais elle ne sait pas tout et je vais vous en dire plus. Tout d’abord, je suis Corse, oui, un insulaire, y ai été élevé et y suis resté jusqu’à mes six ans. J’aimais bien : maîtresse agréable bien qu’âgée, climat idéal, coussin confortable, bonne gamelle avec croquettes de qualité, longues promenades en bord de mer et belles balades en voiture - j’adore ! -. Assis à ses côtés sur le siège avant, je profitais du paysage et étais très sage. Seulement, un jour, tout s’est arrêté : une voiture avec pimpon (il paraît que cela s’appelle une ambulance) est venue la chercher, et elle n’est plus jamais revenue… Je suis resté dans la maison à l’attendre, sans comprendre ce qui se passait et sans que personne ne me donne à manger ? Le lendemain, sa fille, que je connaissais à peine (elle habitait sur le continent et ne nous rendait que rarement visite) est arrivée. Même si elle s’est bien occupée de moi, je voyais qu’elle avait d’autres soucis en tête. Les personnes qui entraient dans la maison parlaient d’« enterrement ». Par la suite, j’ai compris que c’était ma maman humaine qu’on allait mettre dans la terre et que je ne la reverrais plus… Quelques jours plus tard, nous avons pris le bateau – toute une aventure et une première pour moi ! – et sommes arrivés en France, à Marseille. A peine descendus sur l’embarcadère, elle m’a tenu ces propos : - « Tu comprends, je travaille et tu ne peux pas rester toute la journée seul dans un appartement : tu vas aller dans une association qui va se charger de te trouver une nouvelle famille et ce sera très bien ». Soit…Avais-je le choix ? Arrivés à son domicile, nous ne sommes même pas entrés dans l’immeuble : elle a saisi son trousseau de clés, déposé sa valise dans le garage, a sorti sa voiture et m’y a fait monter, direction l’association. J’y ai été déposé comme un paquet et tchao-bonsoir… Heureusement, la responsable a l’habitude de ce genre de comportement de la part des héritiers, et je me suis senti tout de suite réconforté, à l’aise avec elle, et sympathisé avec les chiens de la maison. Le lendemain, nouveau voyage en voiture (chouette !) pour m’emmener dans ma « famille d’accueil ». C’est un endroit où l’on attend sa future famille et où l’on a fait quelques photos pour me présenter sur le site internet de l’association : je trônais avec ma balle (ah, pas pensé encore de vous en parler : la balle, pour moi, c’est un objet sacré : je ne m’en sépare JA-MAIS) et me suis montré sous mon meilleur jour, bien que le cœur n’y fût pas vraiment. J’ai habité dans cet appartement pendant deux semaines, en compagnie d’une copine yorkshire très sympa, on s’entendait bien. Ma famille d’accueil a trouvé que je me tenais très bien et que je ne tirais pas en laisse lors des promenades : c’était un point positif important pour trouver un maître. Je n’ai, hélas, pas la parole pour expliquer que je n’ai pas besoin d’être attaché : mon humaine me promenait toujours en liberté et je restais collé à ses pieds, un pas derrière elle. Quand je vous dis que je suis un chien parfait… Au bout de ces deux semaines, la responsable de l’association est venue me rechercher : j’avais trouvé une famille, déjà ! J’ai passé la nuit chez elle et, le lendemain de bonne heure, nous avons repris la route. Pendant le trajet, elle m’a expliqué la situation : j’étais passé sur le site web de Seconde Chance et Rosy s’était renseignée à mon sujet. Dossier de demande d’adoption dûment rempli et validé, subsistait un seul problème et de taille : pas de véhicule pour venir me cueillir et c’est la condition sine qua non de l’association, il faut impérativement se rendre sur place pour l’adoption. Mais voyant que c’était la bonne personne qui me conviendrait parfaitement, elle a fait une exception pour moi et m’a amené elle-même chez cette dame. J’ai été embarqué avec tout mon barda, offert par l’association : doudoune, gamelle, croquettes, laisse, collier avec harnais, manteau de laine, balles et jouets, un véritable déménagement. Et, même si je semblais aussi sage que d’habitude durant le trajet, j’étais drôlement excité ! Une fois sur place, une dame a ouvert le portillon et s’est agenouillée à mes côtés pour me caresser et me souhaiter la bienvenue. Ma foi : cela démarrait bien… mais une fois les quelques escaliers donnant accès à la porte d’entrée franchis, un concert d’aboiements furieux ! C’était l’accueil de ma nouvelle collègue saucisse à quatre pattes… Il a fallu un moment avant qu’elle ne se calme, mais elle a fini par se taire et à réintégrer dignement son panier pour y piquer un roupillon pendant que je faisais plus ample connaissance avec ma nouvelle humaine. Bon, je l’ai mise directement au parfum en lui présentant ma balle : mon adoption était un lot, c’était la balle et moi, pas à revenir là-dessus. Cela n’avait pas l’air de spécialement l’enchanter, mais, comme elle est gentille, on a joué… Voilà mon histoire. J’avais une cataracte congénitale opérée avec succès (du moins l’œil droit, l’ophtalmologue ayant eu l’honnêteté d’annoncer qu’une opération n’était pas nécessaire pour l’autre : il était perdu) et Rosy m’a soigné aux petits oignons. Des crises d’épilepsie, soignées par un traitement homéopathique pendant deux ans mais qui devenaient trop fréquentes, ont été jugulées grâce à un traitement médicamenteux. Et une prise de sang a révélé une hypothyroïdie pour laquelle je suis soigné aussi. Le côté positif étant les dés de fromage accompagnant les médocs : j’aime ! On est devenus amis, Maya et moi, après tout, elle n’est pas si vilaine, mais seulement très craintive. Elle a bien compris que je ne m’intéressais qu’à ma balle, qu’elle n’avait pas intérêt à y toucher (mais cela ne lui a jamais traversé l’esprit) et que j’étais de bonne compagnie. Chacun sa gamelle, chacun son panier et la paix dans le foyer. Elle a vieilli. Un jour, elle a perdu l’appétit. Peu après, je l’ai vue monter dans la voiture de notre humaine et celle-ci est revenue seule… plus de Maya. J’ai entendu, dans une conversation avec la voisine qui venait aux nouvelles, Rosy déclarer, à peine arrivée, que c’était fini de fini, qu’elle ne voulait pas s’embêter en promenade avec deux chiens qui s’emmêlaient les laisses, non, non… Mais cela, c’était le samedi et, dès le lundi matin, les recherches sur internet commençaient. Quelle menteuse ! Roselyne de Seconde Chance